Le Président Yoweri Museveni est candidat à sa propre succession en 2011. C’est la quatrième fois que l’on vit pareille situation en Ouganda. Au pouvoir depuis 1986, il a fait sauter tous les verrous constitutionnels pour s’engager sur l’autoroute de la présidence à vie. L’on ne peut manquer de faire le parallèle avec tous ces chefs d’Etat africains qui ont juré de ne pas perdurer au pouvoir pour ensuite faire exactement le contraire de leur serment originel. Ils sont légion sur le continent. On déclare que l’on ne va pas s’accrocher au pouvoir dans l’intention de mieux s’y agripper. En vérité, ces personnes conçoivent la présidence comme une profession qui ne s’accomode pas de retraite.
En effet, beaucoup de ces dirigeants n’en ont cure du nombre de mandats ou de la limite d’âge fixés par les lois fondamentales. Au nom de leur volonté de s’assurer le pouvoir à vie, ils feront sauter tous les verrous, reculer voire annuler toute limite à la jouissance de leur statut. De nombreux dirigeants africains s’amusent avec la Constitution de leur pays qu’ils peuvent changer à tout moment. De ce fait, le continent présente l’image d’une zone où les textes fondamentaux sont modifiés à la tête du client. Le jeu politique est une sorte de marché de dupes où l’on ruse avec les textes et les mentalités. Et un argument majeur est vite trouvé pour justifier ces tripatouillages : adapter la Constitution aux réalités de l’environnement africain. Hélas, les défenseurs de cette thèse semblent oublier trop souvent que le respect de la parole donnée est également sacré dans l’environnement africain. C’est en effet une valeur cardinale dans beaucoup de sociétés traditionnelles africaines. Certains pensent que la démocratie, c’est la pure dictature de la majorité. Les tenants de telles théories semblent seulement oublier que quand un groupe d’êtres humains vit ensemble, il y a la nécessité d’avoir un consensus minimum garantissant les intérêts de chacun. Et ce minimum dans un Etat de droit, c’est une loi fondamentale consensuelle.
A appuyer de façon aveugle sur le levier de la majorité, on en vient à faire des exclus, des gens qui ne ressentent plus aucun intérêt à vivre dans cette communauté. Et la suite, on la connaît. D’aucuns diront que l’opposition politique ne travaille pas assez pour provoquer l’alternance dans ces Etats. Cela est en partie vrai à cause de l’émiettement de l’opposition dans la majeure partie des Etats africains. Cependant, force est de reconnaître que le véritable problème est le verrouillage du jeu politique par ceux qui sont au pouvoir. Les démocraties qu’ils instaurent ne le sont en réalité que de façade. Beaucoup de rapports officiels comme celui du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) relèvent d’ailleurs à souhait ce fait. Ces dirigeants s’arrangent à faire en sorte que personne ne puisse émerger en dehors de leur sérail. Et dans ce sérail, il n’ y a qu’eux qui émergent en termes de possibilité de conquérir et de gérer le pouvoir d’Etat.
Le président en place, seul, est suffisamment compétent pour bien gérer son pays, a-t-on souvent entendu dire. Seulement, les Etats que ces chefs si indispensables dirigent mendient toujours l’aide de ceux qui ont trouvé l’alternance assez démocratique pour en faire un pilier de leur gouvernance, c’est-à-dire les Occidentaux. C’est là une triste réalité. Tout cela conforte le point de vue selon lequel beaucoup ont accouru à la démocratie après le discours de la Baule juste pour obtenir les financements occidentaux. Ainsi, ils n’ont pas le courage de prendre leurs décisions par eux-mêmes et de s’assumer comme le font les dirigeants de certains Etats en développement. Un signe d’une pauvreté qui n’est pas que financière. Elle est aussi et surtout mentale. Dans un tel climat, on en viendrait à préférer les options de dirigeants comme Bokassa – hier et Kadhafi aujourd’hui -respectivement Empereur et Guide- qui ont au moins le mérite d’afficher clairement leur conception du pouvoir.
Il est vrai qu’il n’y a pas de démocratie clé en mains. Mais la démocratie telle que pratiquée dans la plupart des Etats d’Afrique ressemble fort à un avion entre les mains d’un profane. Dans ces conditions, nul doute que les risques de crash sont décuplés. En tous les cas, Museveni, à l’instar de beaucoup de ses pairs, est le prototype du dirigeant monarque qui essaie de passer pour autre chose. Il ne lui reste plus qu’à se faire coiffer d’un bonnet de chef, pardon, d’une couronne. En réaction à ce projet, il y a, pour l’instant en tout cas, un silence radio de l’Occident, notamment des Etats-Unis, grand soutien de Museveni. L’exigence de démocratie véritable brandie par Obama va-t-elle se ramollir dans le cas d’espèce, emportée par la realpolitik comme ce fut le cas des intentions de Sarkozy au sujet de la Françafrique ? Le manque de fermeté des Occidentaux face à ces absences de sincérité démocratique a le mérite de rappeler aux Africains que chaque peuple est le seul défenseur de ses intérêts, le seul maître de son destin.
Le Pays
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