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Mozambique : Les crève-la-faim à l’épreuve des balles

Décidément, la vie chère a la peau dure. Elle refait surface dans nos pays, une année après la crise financière mondiale. Elle plonge les populations dans une telle précarité financière que celles-ci ne reculent devant rien pour lutter contre. C’est ce qui s’est produit à Maputo, au Mozambique, où des émeutes contre la cherté de la vie ont fait, le mercredi 1er septembre, 7 morts, 27 blessés et 142 arrestations, selon le dernier bilan officiel.

C’est vrai que les fondements régaliens d’un Etat de droit et l’ancrage démocratique reconnaissent aux citoyens le droit de manifester, mais ce qui s’est passé dans les rues de la capitale mozambicaine n’est ni plus ni moins qu’un mouvement spontané et sans visage. En effet, l’appel au mot d’ordre de descendre dans la rue a été lancé sous forme de sms via les téléphones portables. Et le jour J, la population est sortie par milliers pour crier son ras le bol. C’est même dire qu’il n’y a eu aucune organisation préalable en vue d’éviter tout débordement.

Cela est d’autant plus vrai que les manifestants n’ont pas hésité à dresser des barricades, à piller boutiques et stations-service ni à incendier des véhicules. Aucune raison, aussi légitime soit-elle, ne saurait justifier de tels agissements ; même s’il faut aussi reconnaître que les prix ont flambé ces derniers mois avec la dépréciation du metical, la monnaie locale.

Cependant, cela autorise-t-il les forces de l’ordre à sortir l’artillerie lourde et à tirer à balles réelles sur les manifestants ? Nenni. Les policiers auront beau s’expliquer, le résultat est là : 7 morts. C’est regrettable qu’on en soit arrivé là. Mais cette seconde manifestation violente depuis 2008 est venue effectivement mettre à nu le malaise qui règne dans ce pays.

Avec 65% des 20 millions d’habitants sous le seuil de pauvreté, il est insupportable de continuer à croupir dans la misère pendant que les gouvernants baignent dans l’opulence. Le président Armando Guebuza a, certes, fait des efforts en subventionnant le secteur des transports ; mais dès que le prix du pain et celui de la farine flambent, on fait une descente musclée dans la rue pour clamer violemment sa désapprobation.

Maintenant, il faut craindre que cette situation déstabilise le régime en place, car si jusque-là il ne s’agit que d’un mouvement spontané et sans interlocuteur pour envisager des négociations, l’entrée en scène d’opposants politiques opportunistes pourrait changer la donne.

Par Kader Traoré

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