Guy Mvelle, chargé de Cours au département de sciences politiques, Université de Yaoundé II, enseignant associé à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC).
L’initiative de la société civile malgache qui a débouché sur un accord politique a-t-elle des chances de prospérer ?
Je pense que les chances de réussite de l’accord politique signé le 13 août dernier entre Ange Rajoelina et près de 100 partis politiques (NDLR : 160 aujourd’hui) et associations sont à mesurer par rapport aux chances escomptées avec les accords de Maputo et d’Addis Abeba. Malgré la légitimité internationale dont jouissaient ces accords, beaucoup ont estimé qu’ils proposaient tout de même une transition trop complexe et réduisaient les négociations politiques à une portion incongrue d’acteurs politiques au détriment d’une participation plus large pouvant bénéficier d’une légitimité interne plus importante également. Ce qui apparaît de façon plus évidente c’est que ces récents accords prévoient une transition moins longue, un peu moins de dix mois, contrairement aux accords de Maputo qui parlaient en leur article 3 de quinze mois. Ensuite, la structure institutionnelle a été simplifiée en l’occurrence au niveau de l’exécutif où le président n’est plus encombré par un vice-président, et où le Premier ministre n’est plus surveillé par trois vice-Premiers ministres. L’organe législatif semble garder le même esprit avec une chambre haute et une chambre basse proches du Conseil supérieur de la transition (CST) et du Congrès de la transition (CT) que proposent les accords de Maputo. Ceux-ci proposaient en outre un organe chargé de la réconciliation nationale (CNR), deux organes consultatifs, un organe juridictionnel et un organe pour la supervision des élections (CENI). Autant d’arrangements politico-institutionnels qui ont fait dire aux uns et aux autres qu’on était dans un processus trop complexe. A tort ou à raison ! Vu sous cet angle, il est à reconnaître que le récent accord politique est plus simplifié et plus inclusif. Mais, malheureusement, il n’emporte pas l’adhésion de ceux qui sont considérés à Madagascar comme leaders de l’opposition.
Trois anciens présidents réclament justement l’application des accords de sortie de crise de Maputo 1et 2 et d’Addis Abeba. Ce que rejette M. Rajoelina. Jusqu’à quand va durer ce dialogue de sourds ?
Ce dialogue de sourds va durer jusqu’à ce que l’intérêt général malgache soit mis en avant tant par l’actuel homme fort que par les trois autres mouvances. Sinon, des solutions existent pour faire plier certaines forces qui sont jusqu’ici irréductibles, et ce, pour le grand bien du peuple malgache.
Au plan interne, je n’ai jamais pensé qu’il fallait exclure de façon « réaliste » l’idée que l’Armée qui a porté en partie Ange Rajoelina au pouvoir est également l’une des institutions capables de dénouer la crise actuellement dans la Grande Ile. N’avez-vous pas l’impression que nous nous éternisons dans une sorte de surenchère de part et d’autre?
Au plan régional, tout porte à croire que la SADC ne s’avoue pas vaincue, ce qui est une très bonne chose car la question était encore au cœur des débats lors de son 30e sommet tenu le 16 août dernier à Windheok en Namibie. L’Union africaine, quant à elle, n’est pas en reste. Elle suit de près la question malgache même si on ne peut pas dire avec exactitude aujourd’hui quelle a été la portée des sanctions qu’elle a prises en début d’année, en l’occurrence par rapport à la liste des personnalités malgaches pouvant faire l’objet de sanctions.
La médiation menée par l’ancien président mozambicain Joachim Chissano est-elle dépassée par l’ampleur des divergences entre protagonistes ?
Non. Le président Chissano qui est un très grand panafricaniste a toujours à cœur la situation de Madagascar. Il a même donné son avis sur le dernier accord politique signé le 13 août. Il reconnaît lui-même que l’histoire de ce pays est très complexe et s’interroge comme vous et moi sur la tenue d’élections sur la Grande Ile. Il pense qu’il faudrait absolument passer par une conférence nationale pour harmoniser les points de vue des uns et des autres. Cela a marché dans certains pays en Afrique alors que d’autres ne l’ont pas adopté et sont pourtant sortis d’affaire. C’est donc une question de spécificité locale, de volonté politique des acteurs en présence et de soutien de la communauté internationale.
Propos recueillis par Hugues Marcel Tchoua de Cameroon Tribune
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