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Cinquantenaire de l’indépendance du Burkina Faso

Grâce à la décision n° 321/APAS du 8 avril 1948 du Gouverneur de la Haute-Volta, Yvon Bourges, qui fut d’ailleurs la dernière autorité française à occuper ledit poste, l’Harmonie voltaïque voyait le jour. Elle a été l’œuvre d’un fonctionnaire colonial de l’époque, Antoine Joseph Ouédraogo dit « Borfo ». Rentré du Mali, ce dernier constata que, pour faire une soirée, il fallait recourir à des orchestres étrangers (de la Côte d’Ivoire en particulier). Il décida donc de créer un groupe dans la nouvelle Haute-Volta qui, divisée en 1932, venait d’être réunifiée en 1947.

Le groupe musical, composé d’amateurs à l’époque, jouait alors à Koulouba, dans la cour du vieux Saré (père d’Antoine Saré, accordéoniste de l’orchestre) avec 50 francs comme prix d’entrée aux soirées (In « Histoire de la musique moderne au Burkina Faso : Genèse, évolution et perspectives » d’Oger Kaboré et d’Auguste Ferdinand Kaboret). En 1950, le gouvernement, sensible à cette initiative d’Antoine Ouédraogo, accorde une subvention de 50 000 FCFA à l’orchestre.

Ce qui était une marque de reconnaissance et d’encouragement. C’est en 1960 que le président Maurice Yaméogo aide l’Harmonie voltaïque à acquérir des instruments en France. Le groupe, avec son compositeur vedette, Maurice Semporé, va illuminer toute la Haute-Volta et d’autres contrées africaines de ses compositions splendides. L’Harmonie voltaïque immortalise à sa manière avec les titres « Sogom menga » (Indépendance) et « Waogdog ya Noogo » (Il fait bon vivre à Ouagadougou). C’était la célébration de la nouvelle vie et de la liberté retrouvée. Il faisait bon vivre. C’est avec émotion que la Commune de Ouagadougou a dédié, au quartier « Gounghin », une rue le dimanche 18 janvier 2009 à Antoine « Borfo », fondateur de ce grand orchestre.

On peut donc dire avec fierté que les musiciens burkinabè ont joué de manière significative leur partition au moment où notre pays prenait en main sa propre destinée. D’autres formations musicales non moins populaires rythmeront de manière palpitante le quotidien des Voltaïques nouvellement indépendants. Il s’agit, entre autres, de « Volta jazz », d’« Echo d’El Africa », du groupe « Les léopards du camp Ouézzin », du « CVD », des « Djinns de St Camille » et du « Suprême Kobemba ».

Avec les différentes activités qui se tiennent en marge de la commémoration des 50 ans d’indépendance du Burkina Faso, nos vedettes sont sollicitées constamment pour des spectacles publics. Ce qui est une bonne chose ; mais cela ne devrait pas être leur sport favori et reléguer certains actes majeurs posés par des pionniers de notre musique. En remontant le temps pour ce rappel de notre passé musical, c’est une invite aux héritiers actuels à s’interroger sur leurs contributions spéciales à ladite commémoration.

Dieu faisant bien les choses, ils disposent d’associations qui peuvent être porteuses de projets intéressants pour le public, notamment la jeune génération. En effet, cela peut passer par un pèlerinage annuel au niveau de la « Rue Antoine Joseph Ouédraogo » qui n’est pas connue de tous, même de bon nombre d’artistes qui éprouveront de sérieuses difficultés à la situer sur une carte de la ville. Le monde du 7e art se retrouve à chaque édition du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) au « Rond-point des cinéastes », ce n’est pas trop demander à nos artistes-musiciens d’imiter les bons exemples.

Ces mêmes regroupements peuvent organiser des expositions sur la vie de certains pionniers de notre musique ainsi que les instruments d’une certaine époque qu’on ne retrouve plus sur la scène. De l’accordéon à la contrebasse en passant par le piano à queue, tous peuvent, en effet, constituer une attraction pour la population.

Des conférences publiques des artistes, opportunité de témoignages de certains acteurs clés, notamment ses monuments, ne feront que consolider l’image de l’artiste burkinabè. Il est grand temps que les associations se réveillent donc pour jouer à fond leur partition au lieu de se contenter d’actions d’éclat. Celles-ci, pour ce que nous savons d’elles, n’ont pas encore initié des projets de grande envergure. Néanmoins, il faut saluer certaines productions collectives ou individuelles spécialement relookées ou composées pour le cinquantenaire de notre indépendance. En plus de ces initiatives musicales, les acteurs doivent donner un contenu mieux affiné à ce jubilé d’or du Burkina Faso.

Cyr Payim Ouédraogo

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