El-Hachemi Djaaboub, le précédent ministre du Commerce, doit être content d’échapper à l’obligation de parler et de donner un semblant d’explication à la flambée des prix annoncée de longue date pour le ramadhan. Que dire, en effet, sur un sujet éculé qui revient chaque saison avec les mêmes acteurs qui font le «grand coup» et les mêmes consommateurs, à revenus inégaux, qui n’ont pas beaucoup de choix ?
Etre un «ex» pendant le mois de ramadhan est sans doute le vrai moment de consolation de tout ministre du Commerce remercié. Car, c’est un constat établi, la population, avec ses revenus de plus en plus inégaux, trouve dans ces prix arrogants affichés dans les étals, malgré les promesses des pouvoirs publics, la preuve de l’absence de l’Etat et de sa défaillance. Le rôle du ministre du Commerce consiste presque à essayer de boucher une grosse crue à coups de paroles mélangeant la promesse du bâton et l’aveu d’impuissance.
Il faut dire, à la décharge de Djaaboub et de son successeur, Mustapha Benbada, que même sous l’Algérie du socialisme «irréversible», le ministre du Commerce a eu, peu ou prou, les mêmes problèmes et a été contraint à développer le même discours. Face aux difficultés, le recours à la langue d’ébène a quelque chose d’inexorable.
D’ailleurs M. Djaaboub, dont le profil en faisait un défenseur du marché, en est arrivé à parler comme un socialiste «irréversible» en considérant que l’Etat a fait tout faux en se retirant de la filière agroalimentaire et qu’il lui faut ses propres minoteries, ses usines de transformation, ses laiteries et ses raffineries de sucre et d’huile
C’est vrai qu’après une décennie de culte, le marché, l’offre et la demande – et bien entendu les IDE -, ne sont plus en odeur de sainteté. Sauf que ces changements d’humeur n’ont pas d’effets pratiques sur la vie, très difficile, du plus grand nombre.
Il faut dire que la marge de manœuvre est pratiquement nulle puisque, selon les chiffres les plus optimistes, la part du marché informel représente près de 40% de l’ensemble des échanges. Le ministre du Commerce devient, dans les premiers jours «flambants» du ramadhan après dix jours de carême même, la «critique» se fatigue ! la cible, trop facile, de toutes les critiques.
Mais que dit M. Mustapha Benbada, l’actuel ministre du Commerce, pour sa «défense» ? Que le marché ne peut pas être organisé du jour au lendemain. C’est un constat juste, sauf qu’on peut retrouver des déclarations absolument similaires de ses prédécesseurs – et pas les plus récents seulement – et constater qu’il y a eu beaucoup de jours et de lendemains depuis sans que rien ne change.
Enfin, M. Benbada note, ce qui n’est pas infondé, que les changements introduits dans les lois sur la concurrence et les pratiques commerciales sont trop récents pour produire leurs effets ! On verra peut-être au prochain ramadhan !
En réalité, on ne le dira jamais assez, consommer modérément est la seule manière d’atténuer les effets du traditionnel guet-apens du ramadhan. Quant aux effets des changements de la loi, on verra, l’an prochain, si M. Benbada est encore là pour dire le traditionnel constat d’impuissance des pouvoirs publics.
K. Selim
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