Digg StumbleUpon LinkedIn YouTube Flickr Facebook Twitter RSS Actualiser la page

Accroître les échanges commerciaux de l’Afrique

Une meilleure infrastructure et l’accès aux marchés peuvent accroître les échanges commerciaux de l’Afrique. Le Forum de la Société civile pour l’AGOA se penche sur la mise en relation des agriculteurs et marchés.

L’amélioration de l’infrastructure, des chaînes logistiques et l’intégration régionale des marchés de l’Afrique subsaharienne sont de la plus haute importance pour la croissance et le développement économiques de l’Afrique à long terme et la loi intitulée African Growth and Opportunity Act (Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique ou AGOA) peut aider les Africains à améliorer leur situation économique et à jouer un plus grand rôle dans les relations commerciales internationales.

Ce thème était au programme du Forum de la société civile pour l’AGOA de 2010, qui a eu lieu à Washington les 29 et 30 juillet, juste avant l’ouverture le 2 août du Forum de coopération commerciale et économique États-Unis-Afrique subsaharienne (Forum de l’AGOA). Le forum de la société civile avait pour thème cette année « Dix ans de progrès en matière de rapprochement commercial entre les États-Unis et l’Afrique ».

Mme Katrin Kuhlmann, chercheuse au Fonds Marshall allemand des États-Unis dont le domaine d’expertise est d’axer davantage les politiques commerciales et de développement sur la demande et les marchés, a ouvert le débat. Elle a expliqué aux participants, parmi lesquels figuraient des représentants d’entreprises et d’organisations non gouvernementales, que les marchés étaient régionaux de par leur nature mais avaient également une dimension internationale.

Mme Kuhlmann considère que le manque d’infrastructure adéquate constitue « un obstacle considérable » à l’amélioration de la conjoncture économique de l’Afrique subsaharienne. « La Banque mondiale, a-t-elle expliqué au groupe, estime que la moitié de l’infrastructure de l’Afrique ne mène pas là où cela est nécessaire ». Il appartient donc à la société civile de servir de « force collective » plaidant en faveur des changements nécessaires, a-t-elle dit. « Nous devons réfléchir aux endroits que l’infrastructure devrait desservir et comment faire en sorte que les investissements faits dans l’infrastructure répondent aux besoins de tous, y compris des agriculteurs, des femmes et de ceux qui sont pour l’instant à l’écart des systèmes des marchés. »

M. Gregory Gajewski, économiste ayant une longue expérience de l’Afrique et vice-président chargé du développement économique du Louis Berger Group, a ajouté que malgré les milliards de dollars d’investissement réalisés en Afrique dans le domaine des transports, les coûts restent extraordinairement élevés et freinent la croissance économique. Les frais de transport, a-t-il expliqué, représentent par exemple au moins 50 % du coût de l’aide alimentaire que les États-Unis apportent à l’Afrique.

M. Gajewski a souligné l’importance des couloirs commerciaux qui permettent de relier les agriculteurs à de grands marchés agricoles et ainsi d’améliorer le commerce de l’Afrique subsaharienne, dont 75 % de la population travaille dans le secteur agricole et vit en milieu rural. Le problème, a-t-il expliqué, est que la plupart des agriculteurs africains ne sont pas reliés à des marchés ou couloirs importants. Les spécialistes du développement doivent donc privilégier la construction non seulement de routes principales mais également de routes secondaires et tertiaires, qui relient les agriculteurs aux hameaux et ensuite aux routes principales et aux marchés.

« Ces couloirs ne sont pas nouveaux mais sont très importants » pour le développement agricole de l’Afrique, a-t-il dit. Le couloir qui relie Maputo à Johannesburg est à son avis un bon exemple à cet égard, qui fonctionne en grande partie parce qu’il était et qu’il est encore tout à fait dans l’intérêt du secteur privé de le créer et de l’entretenir. De l’aluminium est expédié depuis Johannesburg par ce couloir, a-t-il expliqué, et cela n’a fait qu’accroître le développement industriel de la région. L’exploitation du port de Maputo a été confiée à des intérêts privés. L’entretien des routes est géré par le secteur privé et le service chargé d’administrer le couloir est un organisme privé appartenant aux entreprises qui utilisent cette infrastructure et en tirent profit.

M. Gajewski a indiqué que chaque couloir commercial devrait être géré par sa propre structure administrative de façon à être efficace et rentable. « Il est souhaitable que chaque couloir ait sa propre administration ; il risque sinon de ne pas être bien entretenu. » Il arrive souvent que l’administration d’un couloir constate que les camionneurs allant d’un pays à l’autre ont du mal à faire passer leurs biens à la frontière et qu’elle coopère avec les autorités régionales en vue de résoudre le problème et d’améliorer les échanges commerciaux.

M. Eugene Terry, phytopathologiste du projet Transform Africa et ancien directeur général de l’Association pour le développement du riz en Afrique de l’Ouest, a plaidé en faveur de l’expansion des échanges commerciaux régionaux et de l’amélioration des opérations commerciales entre pays africains.

Les échanges commerciaux États-Unis-Afrique sont certes très importants pour le développement économique à long terme de l’Afrique, a-t-il dit, et l’AGOA est importante pour ces échanges commerciaux, mais les Africains « doivent d’abord apprendre à commercer à l’intérieur même de l’Afrique ».

« Nous devons connaître tous les défis et les obstacles et déterminer comment les surmonter en Afrique avant de faire notre entrée sur la scène mondiale », a-t-il déclaré aux participants. « Il existe probablement un potentiel régional de 50 milliards de dollars d’activités économiques à réaliser sur le plan régional que nous ne savons pas encore exploiter. C’est également à cet égard que l’AGOA a un rôle à jouer, en nous aidant à procéder à l’intégration régionale et à surmonter les problèmes que cela présente. »

Le dernier intervenant, M. Richard Tracy, directeur des programmes internationaux du groupe commercial Global Cold Chain Alliance, a souligné la nécessité d’établir des chaînes du froid en Afrique, de manière à prolonger la durée de vie des produits agricoles périssables et à accroître ainsi les revenus des agriculteurs. Les coûts de transport des denrées périssables le long d’une chaîne du froid (c’est-à-dire réfrigérée) représentent de 60 à 70 % du coût total de ces produits, a-t-il indiqué.

Une chaîne du froid efficace, a-t-il expliqué, commence lors de la manipulation des produits après la récolte et se poursuit lors de leur stockage et de leur transport jusqu’aux points de vente au détail et en dernier lieu jusqu’au consommateur. Lorsque le nombre de réfrigérateurs augmente, la chaîne du froid n’en est que plus nécessaire. Tout bien dont la température doit être régulée de la récolte jusqu’au consommateur peut bénéficier d’un tel système, a-t-il expliqué, qu’il s’agisse du tabac, des noix et des légumes ou encore des vaccins.

D’un point de vue commercial, a-t-il ajouté, une chaîne du froid doit pouvoir servir à un grand nombre de produits variés. « Une chaîne du froid ne peut être rentable si elle ne sert qu’aux mangues, au manioc ou aux produits laitiers. Il faut avoir une chaîne du froid intégrée pour en répartir le coût entre tous les produits. »

M. Tracy a ajouté qu’il existait des possibilités peu coûteuses de mettre en place une chaîne du froid dans les pays en développement. On peut par exemple commencer par garder les produit agricoles à l’ombre, entreposer les fruits et légumes dans des bâtiments en briques protégés de la chaleur par du sable humide ou bien même transformer des petits climatiseurs en réfrigérateurs. Le Ghana utilise des techniques de chaîne du froid pour exporter des ananas, a-t-il ajouté, et l’Angola importe 20 tonnes de volailles par semaine, prises en charge par son propre réseau de transport respectant la chaîne du froid. Les techniques de la chaîne du froid peuvent fonctionner en Afrique, a-t-il déclaré, et peuvent aider les agriculteurs à vendre davantage de produits et à accroître leurs revenus.

Charles W. Corey, Bureau des programmes d’information internationale du département d’Etat.

Articles du même thème:

  1. Initiative pour developer les zones arides d’Afrique de l’Est Un économiste américain connu, Jeffrey Sachs, a annoncé un partenariat avec la Comesa pour développer ces régions où les conditions de vie sont parmi les plus difficiles de la planète....
  2. Ressources naturelles : les diamants de l’Afrique australe Les richesses du continent africain sont détournées et ne contribuent donc pas forcément à l’amélioration du niveau de vie des populations. A l’avenir toutes les entreprises qui font des affaires...
  3. Judith McHale croit au développement de l’Afrique La sous-secrétaire d’État à la diplomatie et aux affaires publiques, Judith McHale, croit que que l’adoption accélérée des techniques nouvelles stimulera le développement de l’Afrique et a promis que les...
  4. Violences sur les immigrés en Afrique du Sud La fièvre de la coupe du monde 2010, que l’Afrique du Sud a organisée et brillamment réussie, est à peine retombée que le Pays de Nelson Mandela fait de nouveau...
  5. Triste Afrique S’il ne faut pas nier qu’une très grande partie de la presse occidentale est, « par principe », hostile au président du Zimbabwe, Robert Mugabe, cela ne doit en aucune...

Soyez le premier à poster un commentaire pour cet article.

Commentaires :

QR Code Business Card ">